La loi Macron, Valls et la démocratie

Manuel Valls a donc utilisé l’article 49 alinéa 3 de nos institutions pour faire adopter le désastreux projet Macron.

Si nous comprenons que des socialistes authentiques puissent désapprouver cette loi, nous ne pouvons que constater que ces mêmes socialistes n’ont pas voté la motion de censure.

Les mandats étant désormais supérieurs aux intérêts de la France, ces députés n’ont pas voulu jouer avec le feu qui aurait probablement conduit à la dissolution de l’Assemblée Nationale et la perte pour nombre d’entre eux de leur mandat de député.

L’article 49-3 a été créé en 1958 dans nos institutions pour empêcher toute action des partis politiques qui tenteraient de bloquer le pouvoir exécutif, bref une mesure pour lutter contre le régime des partis. Hélas les dérives se font connaitre et ceux qui jadis parlaient de coup d’Etat permanent en mentionnant nos institutions sont probablement aujourd’hui ceux qui bâillonnent le plus le parlement.

Une autre solution s’offrait pourtant à Manuel Valls et au Président de la République, le recours au référendum. Mais peut-on réellement penser que ce gouvernement s’amuserait à donner la parole au peuple ? La démocratie s’arrête la où commence les intérêts particuliers !

L’esprit de grandeur et de rassemblement n’habite décidément pas nos gouvernants. Pauvre France !

Appel au redressement de la France

La France glisse vers son naufrage sans que sa population, dans ses profondeurs, en ait une claire notion. Les causes en sont multiples.

Il y a d’abord un phénomène sociologique (qui d’ailleurs ne concerne pas seulement la France), à savoir le développement d’un individualisme débordant largement les limites que lui avait assignées l’époque des Lumières. Il engendre la dénaturation du concept de liberté, une forme d’anarchie, et l’amoindrissement du sentiment de solidarité nationale, l’idée de nation s’effaçant peu à peu.

Il y a en second lieu le phénomène de mondialisme. Abolissant – ou tendant à abolir – les frontières, il suscite une perte des repères fournis pour chaque peuple par son histoire spécifique, et en quelque sorte une conscience « apatride ». Sous-tendu d’autre part, sur le plan économique par la doctrine d’ultra libéralisme, excluant toute régulation réelle, il est source pour un certain nombre de pays, dont la France, d’une déperdition programmée de son capital productif autonome, dont témoignent abondamment la multiplication des OPA, les transferts d’activité, les délocalisations, engendrant elles-mêmes chômage, inégalités croissantes, pauvreté, dislocation de la cohésion sociale.

Il y a troisièmement une immigration massive et incontrôlée qui aggrave encore les effets des processus ci-dessus décrits. Du fait qu’elle soit beaucoup plus d’origine non européenne, son intégration, aussi bien physique que morale, est rendue beaucoup plus précaire. D’où un risque accru pour le maintien d’une cohésion sociale déjà ébranlée, et surtout une tentation de dérive vers une conception communautaire de la nation.

Un 4ème facteur de déclin résulte des lourdes contraintes acceptées, voire recherchées sur le plan international, et avant tout européen. Nos concitoyens ont à peine conscience de la perte de souveraineté déjà subies par la nation dans des domaines essentiels, par le simple jeu des traités ou de ce qu’on désigne du terme obscur de « droits dérivés ». Le rôle démesuré joué par la Commission de Bruxelles, celui non moins envahissant joué par la Cour de Justice des Communautés, le transfert à la BCE des pouvoirs monétaires des Etats réalisent d’ores et déjà une dépossession de toutes les prérogatives traditionnelles des pouvoirs nationaux. Ils consacrent la marche délibérée vers un super Etat fédéral, et la réduction de la France à une collectivité subordonnée. Quand on entend dire que le gouvernement français est « sommé » par Bruxelles de réduire son déficit dans les plus cours délais, on mesure le degré de dépendance où est tombée la France et que complète sur le plan transatlantique la prédominance de l’OTAN.

A tous ces facteurs s’ajoute enfin une critique programmée du rôle de l’Etat. L’Etat est mis en question à l’extérieur par la vague d’internationalisation qui déferle sur le monde (les institutions européennes en sont une des manifestations) et il l’est aussi sur le plan intérieur par la montée en puissance de multiples contre-pouvoirs : les syndicats, la magistrature, la nomenklatura des medias. Il l’est encore par la contestation croissante de son rôle dans la création et dans la gestion des grandes entreprises économiques qui ont assuré après la guerre dans les secteurs de pointe le relèvement et la puissance de la France, ainsi que son indépendance. Il l’est enfin par la dérive des institutions, telles que voulues par le général de Gaulle, au détriment du pouvoir exécutif. Les conditions dans lesquelles se déroule l’élection du chef de l’Etat, la cohabitation et le quinquennat ont témoigné de cette dérive, à laquelle s’ajoutent encore le mouvement régionaliste encouragé par l’Allemagne et le transfert aux régions de compétences de plus en plus nombreuses.

Les conséquences de tous ces constats apparaissent déjà clairement dans des domaines essentiels : crise de l’éducation et de l’école, exode des élites, amoindrissement du patrimoine productif national, perte d’autorité de l’Etat. Elles sont patentes pour ce qui concerne la défense et l’armée, qui se retrouvent réduites tant sur le plan du personnel que des matériels à un déficit affligeant de capacités. Elles ne sont pas moins graves dans un domaine que l’on oublie trop, la recherche, fondamentale non seulement pour l’illustration de la nation mais pour son avenir, étant donné ses multiples prolongements tant économiques et militaires que culturels.

On ne peut certes totalement revenir sur l’ensemble de ces conséquences. Certaines sont hélas déjà irréversibles, notamment celles qui résultent de l’immigration subie. Un tel constat ne peut cependant condamner à la résignation, qui serait désespoir. Certains remèdes existent, à supposer qu’il y ait une volonté politique forte pour les mettre en œuvre. Essayons de les décrire :

1°) Il importe d’abord de réaffirmer les valeurs et surtout l’actualité du concept de nation. On a dit la dévalorisation qu’il subit au bénéfice de constructions impériales ou supranationales, dont l’Europe de Jean Monnet est un des avatars. Mais ce discrédit – accompagné de griefs d’impuissance ou d’anachronisme, correspond à une campagne de désinformation et ne se fonde sur aucune réalité. Ce sont les aspects de cette réalité que l’on doit aujourd’hui faire ressortir par une argumentation appropriée en mentionnant notamment l’aspiration des peuples à la sauvegarde de leur identité, leur rejet constant de la domination anonyme des puissances financières internationales, l’incapacité enfin de celles-ci, ou des organisations internationales qui se sont multipliées, à apporter une solution sérieuse aux problèmes du monde. Sans oublier l’exemple de nationalisme ombrageux, voire belliqueux que nous donnent aujourd’hui les Etats-Unis.

2°) La lutte non pas contre la mondialisation (qui est une donnée de fait), mais contre le mondialisme (qui représente une idéologie nouvelle) doit être le corollaire de l’affirmation du fait national. Elle constitue (elle aussi) un impératif qui doit s’accompagner de la contestation de l’ultra-libéralisme, devenu doctrine et qui s’éloigne gravement de la pensée libérale classique, et du socialisme devenu un système écrasant. Il existe une vieille idée française bien souvent mise en valeur dans notre histoire économique : la participation qui constituerait la troisième voie nécessaire au redressement et à l’apaisement des conflits sociaux . Cette contestation ne doit pas bien sûr, signifier une volonté (d’ailleurs impossible) de retour au protectionnisme d’antan, mais elle exige la recherche urgente des mesures indispensables pour sauvegarder ou restaurer les équilibres nécessaires entre les nations, compte tenu de leurs disparités évidentes et en même temps de leurs potentialités inégales, équilibre qui ne peut être réalisé que par l’introduction, dans le jeu des forces économiques ou financières mondiales, d’un pouvoir politique suffisamment fort entre les mains des Etats.

3°) On a souligné ci-dessus les graves contraintes auxquelles sont d’ores et déjà soumis les Etats européens et notamment la France. Il est clair que l’assouplissement, sinon la totale levée de ces contraintes, est la condition de toute récupération, même partielle, de toute politique d’indépendance, en même temps que de toute solution aux problèmes ci-dessus évoqués.

Il est certes difficile d’envisager la révision immédiate et totale des traités (européens ou autres) qui, surtout depuis 1990, ont créé ces contraintes (que le Traité de Rome n’avait pas instaurées). La dénonciation des traités de Maëstricht, Amsterdam et de Nice est souhaitable, le traité de Lisbonne ratifié malgré le refus du peuple français de la prétendue constitution européenne est condamnable. Compte tenu des difficultés politiques et des risques économiques qu’elle présente dans l’immédiat, il est au moins possible d’engager une procédure de contournement, voire de report de ce qui dans ces traités apparaît le plus contraire à l’exigence de souveraineté, ou dangereux dans ses effets. Aucun traité n’a jamais été éternel ni immuable. L’application de la fameuse clause « rebus sic stantibus » peut autoriser bien des dérogations ou mesures dilatoire, a fortiori appuyées sur les arguments de poids que constituent tant la situation économique présente de l’Europe, que son élargissement programmé, à coup sûr incompatible avec une marche forcée vers l’uniformisation des statuts, et la fin des particularités nationales. Les faits, comme disait Lénine, sont têtus, et l’invocation des réalités peut dans de nombreux domaines (et a fortiori dans ceux où la souveraineté de la nation est impliquée au premier degré) percer la cuirasse des doctrines les plus invétérées.

Il va de soi également que toute nouvelle progression vers un système authentiquement fédéral doit faire l’objet de notre plus vive résistance
nos conclusions sur la prétendue « Constitution » européenne, remplacé par le traité de Lisbonne, paraissent hautement dangereuses, ce que confirment les éloges qui leurs sont décernés par les milieux fédéralistes. En particulier celles abolissent le droit de veto et soumettent les décisions politiques du Conseil à la majorité qualifiée. Que serait-il advenu de notre politique à propos de l’Irak si ce régime avait d’ores et déjà été appliqué ?
Et quelles en seraient les conséquences dans la perpétuation de notre siège au sein du Conseil de Sécurité ?
De ces observations ne doit pas cependant découler, surtout pour une opinion largement soumise à l’action des lobbies, l’accusation d’antieuropéisme. Il doit être souligné que nous combattons n’est pas ce que préconisait déjà le Général de Gaulle, le rapprochement progressif des peuples du continent, mais bien une vision de l’Europe conçue comme un super Etat fédéral abolissant, nonobstant l’illusoire principe de subsidiarité, les souverainetés nationales. Contrairement à cette union, il importe d’affirmer la valeur du principe d’association respectueux de ces souverainetés, mais pouvant cependant comporter des engagements étroits et réciproques, dont certaines grandes entreprises européennes ont révélé, depuis trente ans, l’efficacité.

4°) Revenant à la France elle-même, la restauration du rôle de l’Etat s’impose non seulement sur ce qui incarne ses fonctions régaliennes, mais pour la gestion d’un certain nombre de services publics maintenus, actuellement fâcheusement soumis à la tentation de la privatisation. La notion de service public est peut-être une « exception » française mais elle doit être impérativement sauvegardée, et éventuellement même, s’agissant de telle ou telle grande entreprise essentielle à l’indépendance de la France, motiver une renationalisation.

Il est scandaleux que le service public devienne source de profits pour l’entreprise privée, et que celle-ci prospère sur le dos des citoyens grâce aux prélèvements fiscaux obligatoires. C’est à l’Etat de gérer
la santé publique, la formation des citoyens, la recherche fondamentale, la communication, les transports nationaux, l’énergie, l’eau, le patrimoine, etc.

Et bien entendu le combat doit continuer sur le chapitre de la décentralisation, que ne justifie nullement, au siècle où nous sommes, le souci de rapprocher les citoyens du pouvoir. La décentralisation systématique n‘aura pour conséquence que le développement de nouvelles féodalités et l’accroissement parallèle de la fiscalité locale.

Il faut à tout prix sauvegarder la tradition républicaine qui garantit l’égalité de chacun, et assurer la solidarité aussi bien entre les générations qu’entre les hommes. Ces conditions étant impérativement nécessaires pour rassembler les Français sur la France en la soudant en une seule nation.

5°) Institutions :
On a dit leur importance pour le maintien d’un pouvoir étatique fort et souligné le lien entre ce pouvoir et l’indépendance nationale, sans pour autant, bien entendu, que soit mis en cause le caractère démocratique de nos institutions.

Indépendamment des graves menaces que fait peser la « construction » européenne sur ces institutions, ci-dessus évoquées, la question du pouvoir présidentiel est au cœur de la problématique en cause. Certes, on ne peut nier que l’élection du Président de la République au suffrage universel avait conféré, en principe, une légitimité accrue. On a dit cependant combien l’intervention des partis avait dénaturé l’institution et affecté la liberté, encore réduite par l’innovation du quinquennat dont le nombre dérisoire des votants permet d’ailleurs de contester sérieusement la légitimité.

Revenir sur le mode d’élection est certes difficile. Du moins serait-il possible et hautement souhaitable d’abolir la possibilité d’un second mandat. Cela mettrait le titulaire à l’abri de toute pression ou tentation démagogique. Cette disposition pourrait alors être elle-même complétée par le rétablissement du septennat.

La notion de pouvoirs « réservés » – qui ne figure d’ailleurs pas dans la constitution de 1958, devrait être également précisée et expressément limitée à tout ce qui concerne l’unité, l’indépendance de la Nation et naturellement sa souveraineté ainsi que sa défense. Missions d’ailleurs traditionnelles pour tout chef d’Etat et, au surplus, au regard des perspectives de la construction européenne, particulièrement d’actualité.

6°) Immigration :
Il est vrai qu’une partie des dégâts causés par l’immigration est irréversible. Serait-il hors des possibilités de freiner au moins sa poursuite ?

Il conviendrait d’abord de mettre en regard du concept des droits de l’homme, soumis à une interprétation de plus en plus « laxiste », le concept des droits de la nation, et les nécessités pouvant découler de sa sécurité et de son intégrité, sans pour autant que cette dernière motivation conduise à tomber dans une vision chauvine.

De même, des règles suffisamment précises quoique relativement généreuses, devraient être posées touchant l’intégration-assimilation des individus concernés, ainsi que l’octroi de la nationalité, par exemple par un certain panachage du droit du sol et du droit du sang, le critère de la durée de présence, du type d’activité, et avant tout, celui de la possession de la langue française et d’une claire conscience des droits et des devoirs qu’implique l’acquisition de la nationalité française.

7°) Défense et armée :
S’étant trop souvent résignés à répondre aux injonctions de nos partenaires d’outre-Atlantique, nos dirigeants n’ont cessé de mener une politique d’abandons, ce qui ramène la France à sa dépendance militaire d’antan et la déclasse dans le rang des puissances sous-moyennes. La refonte complète de notre système de défense, au vu tant des innovations technologiques que du type de menaces auxquelles nous devons faire face s’impose, toujours dans la perspective de l’indépendance de la nation et de la multipolarité.
Se posent à cet égard les questions de notre appartenance à l’OTAN et des éventuels liens aux divers projets de défense européenne dont ne saurait non plus être absente la préoccupation de nos intérêts spécifiques, même si, un degré de coopération avec les pays voisins, notamment touchant les moyens de rassembler, peut demeurer utile.

8°) Politique étrangère :
La lutte pour la reconquête de notre indépendance nationale
passe par la mise en œuvre d’une nouvelle politique étrangère. Il importe d’entreprendre la révision des dispositions intervenues au cours des dernières années, et, pour l’Europe, de ne plus considérer comme aboli le compromis de Luxembourg qui doit rester la garantie suprême de ce qui doit nous rester de souveraineté dans de multiples domaines.

La mission de la France est de préserver un équilibre mondial. En favorisant la multipolarité face aux tentations hégémoniques de quelques-uns. Elle doit dépasser le carcan européen et retrouver à la fois son « grand large » commandé par ses DOM-TOM et la Communauté francophone, et sa place sur la scène mondiale, par l’établissement de convergences d’action avec les pays, grands ou petits, qui s’efforcent de recouvrer une liberté de mouvements, et de mener une politique de non-alignement à l’égard de telle ou telle grande puissance et de sauvegarde de notre autonomie dans tous les domaines.

9°) Francophonie :
La sauvegarde de la langue française est enfin un autre domaine, non moins important, où se pose le défi de l’indépendance. En effet, la langue n’est pas un simple instrument de communication. Elle est un creuset dans lequel s’est forgé au cours des siècles l’unité nationale, non seulement sur le plan d’une identité culturelle, mais aussi sur le plan politique. Cet élément de notre souveraineté et de notre identité paraît négligeable à beaucoup parce qu’il constitue une habitude acquise, qui ne paraît devoir changer. Son importance doit néanmoins être soulignée face à la menace que constitue la substitution de l’anglais au français dans des secteurs vitaux de l’activité nationale, accompagnée du déclin de notre langue sur le plan international. Tous phénomènes résultant eux-mêmes de la domination économique, voire politique acquise par les Etats-Unis.

La communauté francophone avec ses 56 membres est propice au rôle mondial que doit assurer la France.

10°) L’information :
Enfin il est patent que l’information, surtout télévisée, mais aussi la radio et la presse sont devenues les facteurs déterminants de la formation de l’opinion, voire des décisions du pouvoir. Or, la plupart des sources de la soi-disant information, sinon leur totalité, est aux mains d’importants groupes financiers, ou économiques, ne laissant qu’une place des plus étroites à l’expression indépendante et autorisant toute manipulation. Dans un pays qui se dit démocratique, cette situation appelle impérativement des correctifs, sans pour autant, certes, que ceux-ci entravent la diversité des points de vue. Il faut envisager une déontologie beaucoup plus exigeante, au demeurant très nécessaire, par exemple, au point de vue des mœurs, ou de l’examen critiques des faits relatés. L’Etat devrait aussi pouvoir disposer d’au moins deux chaînes publiques totalement libérées de la sujétion de la publicité, où pourraient s’exprimer, de façon équitable, toutes les tendances de l’opinion. Des mesures fiscales ou autres devraient enfin faciliter l’existence d’une presse libre et indépendante. Le sujet est vaste mais de telles dispositions sont un élément essentiel non seulement pour le maintien d’un régime réellement démocratique mais pour la sauvegarde de l’indépendance et de la souveraineté de la nation.

Aujourd’hui l’Europe, demain le monde, restent à organiser, mais rien de durable ne sera possible sans un projet d’organisation humaniste préservant les identités nationales, l’indépendance des peuples, le respect des libertés individuelles, la reconnaissance des droits politiques, économiques et sociaux de toute nation, la solidarité entre les hommes et les générations.

Ces mesures sont de l’ordre du possible. Il reste aux Français à les vouloir et à livrer, aujourd’hui comme hier, un nouveau combat pour le salut et la sauvegarde de la France.

 

La situation économique actuelle.

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L’économie mondiale entre aujourd’hui dans une phase enfin normalisée que les événements de l’année 2014 ne menacent guère, en dépit d’une désinformation médiatique à la fois organisée et involontaire. La baisse du prix du pétrole avait été depuis longtemps prévue, inscrite dans l’exploitation intensive du gaz de schiste aux États-Unis, demain dans le reste du monde. Les désordres de l’Afrique Centrale perdureront sans d’autres effets notables que leur exploitation digitale. Et la Russie ne fera pas davantage de vraie guerre que ses détracteurs proches ou lointains. L’économie des trois grands continents, deux et demi si l’on ramène les États-Unis à leurs justes proportions géographiques, a désormais intégré à peu près toutes les conséquences de la crise financière provoquée en 2008 par la faillite de Lehman Brothers.

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À commencer par celle des États-Unis où elle a eu lieu, où l’activité s’est progressivement redresser pour atteindre cette année son taux de croissance historique depuis deux siècles, 3 %. Aucun gros nuage ne menace le retour à la situation « normale » d’une économie qui, représentant toujours entre le tiers et le quart du produit mondial, exerce des effets directs sur l’activité d’autres continents, en particulier asiatique. Ce redressement appelle cependant quelques commentaires.
D’abord qu’il aura fallu de six à sept ans pour que la dépression puis la stagnation cèdent le pas… Ce délai n’est pas sans rappeler celui de la durée habituelle des fameux cycles du XIXe siècle et des débuts, jusqu’en 1939, du XXe. Est-ce une coïncidence ou un retour à des fluctuations cycliques qui ont empoisonné les sociétés occidentales aussi longtemps ? Cette éventualité ne saurait être exclue, ce qui n’est pas sans effet sur les prévisions, donc sur les comportements de tous les grands acteurs de l’économie mondiale.
Ensuite que ce redressement ne s’est pas effectué sans effort, à commencer par ceux dont ont souffert la « classe » moyenne, et ce qui restait de sa composante ouvrière. La stagnation de leurs salaires depuis vingt ans a continué et s’est même accrue dans certains secteurs – l’automobile notamment – ce qui a valu à Detroit de presque disparaître. Le nombre de maisons abandonnées, faute de pouvoir honorer les prêts qui les avaient financées, s’est accru dans des proportions jusqu’alors inconnues. Les déplacements intracontinentaux, habituels pour des populations sans longues racines historiques, ont accompagné la multiplication des habitats mobiles. Au-delà de cette composante spécifique, la classe moyenne n’a toujours pas retrouvé son dynamisme d’antan, ce qui laisse prévoir une remontée progressive de son taux d’épargne.
Cette stagnation, voire compression, des salaires les plus bas et moyens a été indiscutablement l’une des causes essentielles d’un redressement nécessaire pour affronter la concurrence nouvelle des pays émergeants autorisés, enfin, à connaître les bénéfices du progrès technique. Pour autant et toujours pour cause de mondialisation, cette compression des salaires alimentait les plus fortes inégalités de revenu connues par les États-Unis. Celles consécutives à la première et seconde révolution industrielle ayant présidé à la naissance des premières grandes fortunes mondiales (Rockefeller, Carnegie et autre Morgan) paraissent aujourd’hui sans commune mesure, presque ridicules, comparées à celles qui sont nées des premières années de la mondialisation et qui vont suivre en s’exportant toujours davantage. Les inégalités sociales aux États-Unis ont désormais un niveau jusqu’alors inconnu. Leurs effets purement économiques sont d’ores et déjà prévisibles. La durée de la reprise pourrait être d’un ordre voisin à celles du XIXe siècle, soit deux à trois ans si leur intensité n’était pas réduite – ce qui paraît improbable, le rêve américain étant indissociable d’inégalités aussi élevées que possible, du moins quand elles restaient à une dimension humaine, continentale et non mondiale.
Il faut, enfin, s’attendre à ce que les modalités actuelles de l’expansion soient durables et déterminent les conjonctures futures de l’économie américaine. Jusqu’à la présidence de Ronald Reagan, le complexe militaro-industriel constituait le moteur fondamental d’une expansion à vitesse certes variable, néanmoins continue. L’usage du dollar accompagnait la présence d’une diplomatie hégémonique, elle-même fermement adossée à une armée sans frontière.
Or, depuis deux décennies, une évolution profonde se précise aux différents contenus complémentaires. L’âge digito-médiatique s’est substitué à l’âge militaro-industriel. Les moteurs essentiels de la croissance ne sont plus dans les usines mais dans des centres informatiques alimentés par des programmes et autres logiciels qui en sont les matières premières. Ainsi ne faut-il pas s’étonner que les armées américaines se replient et que ses instruments soient de plus en plus télécommandés. Pas étonnant non plus que l’usage et le cours du dollar soient de plus déterminés par des considérations internes et des difficultés extérieures et, donc, que les pouvoirs dirigeants de la société américaine se soient, eux aussi, profondément modifiés. Beaucoup moins d’industriels et de militaires, beaucoup plus de financiers, de services secrets et de réseaux médiatiques.
Dans ces conditions, la conjoncture future de l’économie américaine pourrait être profondément différente et celle de la période du dernier demi-siècle précédent ; et qu’elle dépende de plus en plus de l’avenir de la médiatisation sociale et de la croissance des pays émergents désirant d’accéder à la production et à l’usage des biens industriels qui firent la croissance continue des États-Unis durant deux siècles.

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L’une des raisons supplémentaires d’une conjoncture nouvelle n’est pas la moindre : la mondialisation s’est réalisée réellement avec l’émergence économique des nations jusque-là à l’écart des avantages des progrès techniques, en particulier ceux du continent asiatique et plus encore de la Chine, tenue en lisière et partiellement colonisée depuis deux siècles. Près de quatre milliards d’êtres humains, près de la moitié de la population mondiale (Inde 1,4 et Chine 1,2 recensés) accédaient à un développement économique et social que l’univers occidental avait ouvert. De toutes ces nations, la Chine joue aujourd’hui le double rôle du modèle – pour les autres pays asiatiques – et de candidat au partage d’une hégémonie dont les États-Unis avaient eu pendant trois quarts de siècle le monopole.
Le produit national chinois est déjà très proche de celui des États-Unis et devrait le dépasser avant la moitié du siècle. Les raisons de sa croissance exceptionnelle, plus élevée que le fut celle des économies occidentales lors du XIXe et du XXe siècles, sont multiples et leur hiérarchie difficile à évaluer. D’abord des ressources naturelles – continentales – presque illimitées, du moins dans le moyen terme. Ensuite une population égale au double de celle de l’Occident, dont l’importance annonçait celle des marchés présents et futurs. Population au niveau de vie guère plus élevé que celui de la France ou de l’Angleterre au début du XIXe siècle, tellement anxieuse d’améliorer enfin ses conditions de vie qu’elle acceptait des niveaux de salaires égaux, au début de son ouverture mondiale, au dixième de celui des populations actives occidentales, assurant ainsi une compétitivité mondiale hors d’atteinte par les pays occidentaux, incités à délocaliser leurs sites de production en s’y installant.
Enfin, un « avantage du dernier partant » hors de proportion avec celui qu’avaient en tête ceux qui l’évoquèrent en Europe voici un siècle. Pour la Chine aujourd’hui, demain pour l’Inde, cette ouverture aux connaissances technologiques concernait non seulement l’industrie ancienne (textile, acier, énergie) mais aussi toutes celles de l’Age digital, informatique, robotique… L’accès quasi gratuit à ces « productions » dont la mise en œuvre avait exigé tant d’efforts de recherche et de développement en Occident constituait un effet d’aubaine d’une importance incommensurable.
Tous ces avantages « naturels » étaient disponibles avant même le début du processus d’une croissance d’une vitesse (8 % annuel sur longue période), très supérieure à celle des pays occidentaux (1 à 2 % pour l’Europe et 3 % pour les États-Unis) au XIXe siècle : encore fallait-il les mettre en œuvre en les conjuguant – ce qui fut accompli de façon magistrale par ce qu’il faut appeler un capitalisme d’État – dont les inspirateurs et agents appartenaient à un Parti de 80 millions de membres, effectifs supérieurs à la population totale de la France, de l’Angleterre ou de l’Allemagne.
Ce Parti dit communiste adopte une politique économique tout à fait nouvelle sans commettre de fautes depuis plus d’une génération, en utilisant sans aucune réserve tous les instruments mis au point durant le XXe siècle par les pays occidentaux, pour partie dits classiques, et pour partie keynésiens. Classique, conforme à la fameuse théorie des coûts comparatifs, la politique qui privilégie dès l’origine et encore aujourd’hui les exportations qui représentent près de 30 % du produit national. Classique aussi cette politique de salaires qui explique que le consommateur atteigne à peine aujourd’hui 40 % de ce produit. Mais classique déjà, mitigé en réalité, l’usage croissant d’une politique monétaire d’inspiration pour partie keynésienne, favorable à la croissance de la masse monétaire et à l’autonomie partielle des banques alimentant des prêts bancaires néanmoins contrôlés si besoin par l’usage de ratios financiers appropriés.
Franchement keynésienne dans le rôle attribué à une planification de l’investissement – représentant près de 40 % du PIB – consacré à l’infrastructure et à une préférence pour la production de biens de consommation, ce qui différencie ce capitalisme d’État, au précédent russe incapable – toujours aujourd’hui d’ailleurs – d’assurer la production des biens durables à usage familial. La planification chinoise fait, au contraire, toute sa place à cet investissement ; ainsi la production automobile qui conditionne la paix sociale et l’émergence d’une classe moyenne gage d’équilibre social. Autre différence entre ces deux capitalismes d’État : le rôle des familles des dirigeants du Parti communiste chinois qui se sont octroyées, dans l’assentiment de ses instances, la direction de ces entreprises nouvelles, et qui se sont assurées ainsi la constitution de fortunes à « la Rockefeller » mais beaucoup plus conséquentes, « dernier partant oblige ».
Keynésienne aussi, et sans doute la plus intime de ses objectifs, la politique monétaire extérieure combinant la dévaluation contrôlée du yuan par rapport à un dollar, monnaie de référence aujourd’hui sans aucun doute pour contester son hégémonie, ce qui est déjà le cas aujourd’hui lorsque la Banque centrale chinoise prête en dernier ressort à l’URSS, très élégant pied de nez – à la chinoise – au FMI et aux péripéties impériales de la Russie de Staline.
Aucun de ces éléments des plus favorables à la poursuite d’une croissance élevée ne devrait faiblir, d’autant que s’y ajoute le retour des États-Unis à son évolution séculaire. Les deux nations devraient donc se prêter un concours mutuel, cependant menacé par le retour d’une concurrence idéologique entre deux variétés de capitalisme libéral ou d’État que laisse clairement percevoir la désinformation organisée sur la vigueur et la qualité de la croissance chinoise dans les médias occidentaux.
Mettre en cause la pollution de son environnement est-il oublier celle des banlieues industrielles des économies occidentales jusqu’au milieu du XXe siècle ? Insister sur la corruption, d’ailleurs dénoncée avant d’être réduite par le nouveau président chinois, n’est-il pas curieux, alors que ce phénomène est mondial, d’autant que désormais légalisé aux États-Unis sous la couverture des lobbys ? Annoncer à renfort de messages médiatiques la baisse d’une croissance lorsque celle-ci diminue de 7,5 à 7,4 % par an, alors que celle des États-Unis se maintiendra autour de 2,5 % et que celle de nombreux pays européens est nulle, voire négative comme en Espagne ou en Russie, ne frise-t-il pas le ridicule ou ne manifeste-t-il pas la volonté du capitalisme libéral de ne jamais céder volontiers le terrain à son rival désormais déclaré ? Et comment expliquer que les bourses chinoises et indiennes, dont les performances actuelles sont exorbitantes (30 à 40 %) ne font toujours pas l’objet d’informations quotidiennes dans la quasi-totalité des médias, alors que celle du Japon continue à manifester les difficultés de Tokyo ? Peut-être la crainte de voir les brokers chinois concurrencer avec succès les brokers londoniens et newyorkais à l’image du yuan réduisant lentement la part du dollar dans le marché mondial.

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Et l’Europe dans cette nouvelle coexistence annoncée ? Le déclin de la place occupée par l’Europe dans l’économie mondiale n’aura pas cessé depuis la Première Guerre mondiale, considérée à juste titre comme un suicide pour certaines des nations qui la composent, à commencer par la France. Évoquer « l’Europe » ainsi qu’il en est devenu coutume depuis un demi-siècle ne saurait suffire à lui conférer la stature d’un continent unifié comme il en est légitime pour les États-Unis et la Chine moderne. Toutes les invocations adressées depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale à une Europe unie politiquement, possédant son « numéro de téléphone », font long feu depuis trois quarts de siècle avec des flammes qui auraient plutôt tendance à s’aviver. Certes, le libre échange des biens des personnes et des capitaux à unifier économiquement un espace de plus en plus grand, qui pourrait l’être davantage encore demain. Depuis quinze ans, l’union monétaire réalisée par la création de l’euro a intégré (???) plus une moitié de ses nations, dont les plus importantes.
Cette évolution presque séculaire n’a cependant pas abouti à une intégration politique fédéraliste, objectif avoué par les pères de l’Europe dès le Traité de Rome. L’euro considéré comme un sas incitatif au passage d’une union économique à un fédéralisme politique n’a toujours pas rempli cette fonction rêvée par ses créateurs. Au contraire, puisque des crises latentes ou ouvertes parcourent par intermittence la vie agitée. De surcroît, sur le plan politique, l’émergence de partis qui réclament le recul de l’intégration actuelle au profit d’un retour à une plus grande indépendance nationale s’accroît dans la plupart des pays de l’Union.
Cette évolution ne fait que traduire le fait oublié ou nié par les patrons du fédéralisme que l’Europe est un continent géographique morcelé depuis vingt siècles entre des populations de langue, de culture et d’histoire fort différentes, parcourues par des antagonismes de plus en plus guerriers au point de s’être entendu au monde tout entier… Vouloir forcer les peuples disparates à écrire une nouvelle et identique histoire relève d’une utopie politique assortie d’un corporatisme bureaucratique qui réunit à Bruxelles, Francfort et Strasbourg environ 25 000 personnes et… leurs familles. La bureaucratie peut infléchir les modes de vie mais non modifier l’âme des peuples.
Au nord de l’Europe, les Germains resteront conquérants et protestants, les Saxons farouchement indépendants de toute obédience, les Latins de moins en moins catholiques et de plus en plus épicuriens et les Slaves chériront leurs âmes dans leurs mouchoirs : généralités abusives évidemment… Mais ce très vieux fond n’a pas tardé à ressurgir pour donner à l’Europe son actuel visage. L’Angleterre a refusé d’adhérer à l’euro, a gardé sa monnaie et va jusqu’à menacer aujourd’hui de sortir de l’union économique. L’Allemagne a assuré ses succès économiques avant d’en user pour imposer ses recettes à toutes les autres nations, même à la Grèce d’Homère et d’Hérode. L’Italie, à supposer qu’elle soit réellement une nation intégrée, est très détachée à l’égard des prérogatives européennes (circulaires et autres injonctions) qu’elle considère avec l’éloignement que lui garantissent des activités officieuses, dites parallèles ou souterraines. La France, comme toujours cap de l’Europe et coupée horizontalement par la Loire, se cherche sans se trouver entre un européisme quasi religieux et l’indifférence que lui permet son goût très personnel pour un système dit D. Elle collabore officiellement avec l’Allemagne tout en résistant à sa volonté de conquête. Quant aux nations slaves, leur balkanisation demeure à l’image de leurs langues si différentes en dépit de leur origine commune.
Cette grande diversité des nations européennes demeure après néanmoins que l’intégration économique n’ait favorisé les échanges entre elles – ceux des biens toujours bienvenus et ceux des populations de moins en moins bien tolérées – et que la mondialisation n’ait provoqué la délocalisation de ces échanges et des productions vers l’Asie de la part de toutes les grandes et moins grandes entreprises (en Allemagne) dont l’activité est de plus en plus dépendante de la conjoncture des pays émergents, asiatiques surtout.
Exceptés ces deux phénomènes dont l’importance à la fois mondiale et intra-européenne ne saurait être sous-estimée, chacune des quatre principales nations européennes poursuit son chemin spécifique. L’Allemagne, toujours autant industrieuse, exporte vers le monde ses machines outils, sa chimie et son matériel roulant, accusant des excédents commerciaux désormais supérieurs aux déficits des autres pays, veut absolument croire que les recettes de sa réussite sont d’usage général et moral et s’estime légitime – soutenue par un succès lui-même dû à un cours de l’euro plus bas que ne le serait un mark « national » – de faire la loi à Bruxelles comme à Francfort, non sans oublier de soutenir la cour de Karlsruhe dans sa vanité juridique. Quelques menaces sur la poursuite de ces performances (hausse des salaires et déclin de la population autochtone, concurrence asiatique croissante) ne devraient pas l’empêcher de continuer à connaître une croissance sans doute moindre que dans le passé récent.
L’Angleterre a un objectif encore plus impératif que celui de ses grandes entreprises industrielles. Londres doit maintenir au moins, accroître si possible, sa position de centre financier mondial, dépassant le centre de New York dans cette fonction essentielle à l’équilibre financier mondial. Guerre sans déclaration mais non sans incidence sur toute sa politique à l’égard de l’Asie et, s’il le faut, de l’Europe (rapprochement possible avec les Allemands dont le système bancaire a souffert pendant que son industrie caracolait).
Il est difficile d’apprécier à travers les dernières officielles combien l’Italie a souffert de l’austérité imposée par l’Allemagne à travers les institutions européennes. La grande hétérogénéité économique de son espace et la vigueur accrue de son activité souterraine tempère sûrement l’étendue des dommages que le chômage déclaré paraît révéler. Sa conjoncture future devrait sûrement échapper à la récession actuelle pour tendre vers une stagnation très diversement supportée selon ses régions.
L’économie française ne devrait pas sortir de la récession-stagnation actuelle aussi longtemps que l’existence de l’euro lui interdit de renouer avec une politique économique indépendante, faite d’inflation plus ou moins élevée et de dévaluations périodiques à légères d’un mark toujours sous-évalué, avec intelligence. Et surtout aussi longtemps que la schizophrénie actuelle de ses dirigeants politiques – alimentée par celle de la population – n’aura pas avoué que le néolibéralisme imposé à l’Europe, d’abord par les États-Unis à la fin de la guerre, relayé depuis par les Allemands, n’est guère compatible avec le capitalisme d’État qui avait assuré, à la chinoise, sa croissance historique de la fin de la guerre jusqu’aux transferts pétroliers et à l’élection de Reagan aux États-Unis (1980)… une planification à la française faisant des entreprises le fer d’une lance à la hampe soutenue fermement par des investissements publics. Pour l’heure, népotisme et corporatisme constituent les deux ressorts d’un système D « à la française » qui résiste encore à l’euro et à la mondialisation. Pour combien de temps et quels en seront les mises en cause ainsi qu’inévitables ?

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Le moteur de sa locomotive condamné à voir baisser sa pression, l’Europe demeurera longtemps réduite à l’état d’une zone passive animée par l’activité des deux continents américain et asiatique, Chine en tête. La croissance de l’économie mondiale devrait s’établir aux alentours de 5 %, entre celle des États-Unis et celle de la Chine… Le déclin de l’hégémonie du dollar, concurrencée par l’usage du yuan ainsi que désiré par le gouvernement chinois, est inéluctable, bien que lent, non sans que Londres ne s’accapare flux et actifs financiers de tous bords, la City devenue l’équivalent de ce que fut l’Amirauté britannique aux temps fastes de l’empire colonial. Et les inégalités de dimension désormais mondiale devraient assurer un très bon temps à un capitalisme que la raison amène à être d’État ou d’Entreprises, ou les deux, au gré des vents de l’Histoire.

 

Alain Cotta
Professeur Émérite à l’Université Dauphine